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Reprendre mon souffle: chronique d'une emprise invisible

  • Photo du rédacteur: Gabriel
    Gabriel
  • 21 juil. 2025
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 juil. 2025

Je dois m'arrêter.

Me déposer enfin.

Reprendre mon souffle.

Cesser d'y penser.

Je n'arriverai jamais à tout comprendre, anyway.

Il n'y a sans doute rien à y comprendre.

Et à bien y penser,

À quoi bon vouloir le comprendre.

Justement.

Ça ne ramènera rien de plus.

Ne changera plus rien.

Je sais.

Je sais.


Je ne crois pas qu'il y aurait de mots assez juste pour arriver à pardonner.

Alors à quoi bon chercher à vouloir les atteindre.

Ta bouche est devenue trop sèche.

Et mes oreilles trop sourdes.

À force de voir ce que tu as semé autour de moi.

À chercher mes pourquoi dans tes comment.

J'ai fini par me lasser de toi.

Ce n'est même pas de l'oubli.

C'est du ressentiment.


Mais pourquoi en être arriver là?

Toujours cette même question qui revient.

Comme une emprise indéniable.

Indéfinissable.

Un courant qui ne veut pas ralentir.

Dans lequel tu as voulu m'emporter.

Et ce n'est pas faute d'avoir voulu m'en sortir.

Tu nous épuises

Moi et mes ressources.

Comme si je n'avais plus le droit de vivre.

Vivre sans toi.

En "je" me séparer de toi.

Décrocher de toi.

Déconnecter.

M'éloigner.

Respirer enfin autre chose que l'odeur acerbe de nos souvenirs.


Quel autre verbe d'action vais-je devoir utiliser pour que tu le comprennes?

Que je l'applique enfin.


Mais tu t'entêtes à te foutre de tout.

Tu t'acharnes.

T'accroches.

Me fais du mal.

Je n'ai même pas envie de t'accuser de quoique ce soit.

J'aimerais juste retrouver une vie sans toi.

Sans penser à toi.

Sans que tu ne reviennes.

Sans que tu me hantes.


L'oubli, tu connais?

J'ai tenté en vain de le pratiquer avec toi.

Contre toi.

En accord et en désaccord avec toi.

Mais tu ne me le permets pas.

Tu continues.

Tu joues ton rôle.

Tu reviens sans être là.

Dans des faits pourtant anodins de la vie.


Tu as pris ma voiture et tu es parti sans jamais revenir.

Rien de grave.

Rien qui ne se règle pas.

C'est ce qu'ils n'ont pas cesser de me dire.

Assez que je me demande à qui je pourrais le plus en vouloir.

Parce que j'ai encore les deux mains dedans.

Dans ce qui de toi m'encombre.


J'ai cherché longtemps le moyen de ramener la voiture, mais tu ne voulais pas.

Puis tu es disparu.

Toi dans tes silences.

Moi dans mes décombres.

Aussi vite et aussi facilement que ce matin là avec cet objet qui m'appartenait.

Un simple objet.

Mais qui change bien des aspects dans une vie.


Normalement, c'était supposé marqué une fin.

Un passage vers autre chose.

D'inconnue, mais bien là.

Malgré la douleur.

Malgré la peine.

Ma peine nourrie de ton abandon soudain.

Mais une peine que j'aurais su tarir avec le temps.

Pourtant ce fut tout le contraire.

De tes mains habillent.

Tu as fait d'une fin un début.

Sans attendre.

Sans que le temps passe.

Sans qu'il ne fasse son œuvre en moi.


Du temps, tu as préféré ne pas m'en laisser.

Tu m'as plutôt laissé derrière avec toutes nos responsabilités.

Et surtout celle de la voiture.

Alors quand les contraventions se sont mises à s'accumuler.

De ton plein gré.

Par naïveté.

Par vengeance cachée.

Toi seul saurait l'exprimer.

Moi j'en avais déjà trop à gérer.

Les problèmes sont devenus l'immensité.

Et les solutions un néant abyssal.

Tu n'étais plus là.

Parti depuis longtemps déjà.

Et pourtant toujours là.


Comprends-tu mes pourquoi?

Dans ces comment que tu as voulu ou non mettre en place.


Pour moi, ce n’était pas juste un conflit entre nous.

C’était tout ce monde autour.

Qui regardait sans voir.

Qui opinait, sans écouter.

Ils répétaient :

"Tu dramatises."

"Ce n’est pas si grave."

"Ça va passer."


Et chaque fois,

ça creusait un peu plus le vide sous mes pieds.

Comme si la douleur devait être visible pour exister.

Comme si je devais la rendre physique pour respirer.

Comme si les marques intérieures ne comptaient pas.

J’ai donc appris à me taire.

À simplifier mon récit pour qu’on le tolère.

Au point où je suis devenu illisible.

On cherchait à voir une peine alors que j'essayais seulement de l'expliquer.

Je me suis senti abandonné.

Par toi.

Par cette société.

Par ceux qui auraient pu accueillir.

Valider.

Mais je n'étais rien d'assez grave.

Rien qu'ils n'arrivaient à régler.

Trop unique pour s'en préoccuper.

Se soucier de mes détails.


Je me suis brûler à vouloir souffler l'autre bout de la chandelle.

À vouloir me faire voir.

Pour me croire.

M'identifier à autre chose que tes gestes.

Mais je me butais à l'impossible.

L'impensable.

"On vous croit, monsieur, mais nous ne sommes pas le bon service pour vous aider."

Des paroles de policiers.

Qui pourtant avait ce pouvoir de tout arrêter.

Ils ont fait eux aussi d'une fin un début.

Comme cette marmotte qui se perd dans sa journée.

Je me suis senti à nouveau abandonné.


Dans cette abandon.

Je me suis retourné vers moi-même.

Face au miroir.

J'ai vu cet homme désabusé.

Désorienté.

Dérouté.

Délaissé.

Je lui ai tendu la main.

Ouvert grandes les oreilles.

Regarder en silence.

Pour essayer de le comprendre.

Dans ce moment présent.

Avec tout ce bagage de souffrances.

Je me suis repris du début.

Avant toi.

Avant eux.

Avant ce qui je suis devenu.

J'ai compris que je n'arrivais plus me comprendre.

À m'entendre.

À force de chercher dans tes pourquoi.

J'ai perdu la clé de mes comment.


C'est pourquoi je dois m'arrêter.

Me déposer enfin.

Reprendre mon souffle.

Cesser d'y penser.


Exister.


— Gabriel

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