
Le combat silencieux de la victime
- Gabriel

- 3 juil. 2025
- 2 min de lecture
Les cicatrices de la violence conjugale ne disparaissent pas toujours avec la fin d'une relation toxique ; en fait, le chemin de la guérison révèle souvent de nouvelles complexités inattendues. La société sous-estime fréquemment l'impact profond et durable de cette violence. Pour les survivants, la reconstruction n'est pas une simple option, elle devient un acte courageux et nécessaire pour se réapproprier sa vie.
Le temps passe, et pourtant, les blessures restent.
Je n'ai plus ton odeur sur moi.
L'emprise s'est évaporée.
Et pourtant, c'est comme si tu étais toujours là.
L'isolement est encore aussi lourd.
La peine autant présente.
Différente et nuancée.
Intarissable.
J'aimerais pouvoir la saisir.
La lancer au loin.
Pour que jamais elle ne revienne.
Mais en vain.
Je me relève et je retombe sans voix.
Je tends la main, mais ne m'accroche pas.
La vie m'échappe, je suis devenu l'homme maladroit.
Je ne sais plus comment la prendre.
Comment la digérer.
Comment la comprendre.
Comment y redonner un sens.
Après avoir tout perdu.
Pourquoi l'injustice s'acharne.
Pourquoi on me dira que j'ai l'air de m'en plaindre.
Est-ce que ma souffrance est louable?
Est-ce que je manque de force et de courage?
J'y ai pourtant mis tant de mal.
Tous ces efforts.
Tous ces pas.
Tout ce courage que j'use.
Toutes ces montagnes qui sont derrière moi.
On dirait qu'elles ne comptent pas.
Qu'elles ne prouvent rien.
On oubli vite la victime.
Au milieu des débris de sa vie.
On la laisse, là, en prétendant que tout est fini.
Et pourtant...
Tout ne fait que commencer.
Tout est à reconstruire.
À reconquérir.
À redécouvrir aussi, parfois.
La victime après la violence ce doit de tout réapprendre.
Reprendre depuis les débuts.
Continuer de se battre et à se défendre.
Elle se lève chaque matin et se voit comme un défi devant le miroir.
Il n'y a plus de cicatrices ni de marques pour entrevoir sa souffrance.
Et pourtant, elle demeure tellement présente.
Pesante et incessante.
Et pourtant, l'agresseur, lui, trop souvent.
Poursuit sa vie d'avant.
Comme si les gestes n'obtenaient aucune justice.
Comme si la peine laissée derrière n'avait aucune valeur.
Comme si les blessures n'avaient pas d'ampleur.
Comme si l'autre n'avait pas de valeur.
Comme si, au final, il en avait eu le droit...
Et pourtant..
Pourtant n'est plus la vie que j'aimais tant.
N'est que lourd le présent.
Et le futur n'est plus cet amant d'avant...
Avant que tu sois dans ma vie.
Toi en qui j'ai donné toute ma confiance.
Qui a su contourner toutes mes défenses.
Qui n'a pas su reconnaître ma souffrance.
Toi qui as pris ces vulnérables lambeaux de moi.
Que tu m'as redonné en amas de poussière.
Toi qui a éteint chacune de mes étoiles.
Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que la noirceur.
Et pourtant...
Toujours en moi il y a ce coeur qui bat.
Qui cherche l'amour de soi.
De la tendresse dans mes regards fuyant.
Encore troublés par les souvenirs.
Encore apeurés par l'avenir.
Démuni de confiance
Mais encore bien vivant.
Tu m'as laissé comme on abandonne un espoir.
Le ciel n'a jamais été aussi noir, vois-tu...
Et la lune aussi pâle.
Mais j'y vois encore mes pas.
Et j'avance, crois-moi...
Pour m'éloigner de plus en plus.
De mieux en mieux.
De toi...

Commentaires